Privilégier la qualité plutôt que la croissance maximale
L'azote est l'élément nutritif le plus important dans la gestion des terrains de sport, des parcours de golf, des espaces verts publics et des pelouses de haute qualité. Cet élément nutritif détermine dans une large mesure la vitesse de croissance, la couleur, la capacité de régénération et la densité du gazon. Cependant, une gestion réussie du gazon ne repose pas sur une croissance maximale, mais sur un développement équilibré des feuilles, des racines et de la vie du sol.
Un excès d'azote peut entraîner des effets indésirables. L'herbe dont la croissance foliaire est constamment stimulée développe souvent un système racinaire moins profond, est plus sensible au stress hydrique et présente généralement une moindre résistance aux maladies et aux sollicitations intensives. Le risque de formation de feutre augmente également, ce qui limite les échanges d'eau et d'air dans le sol. C'est pourquoi l'accent est de plus en plus mis sur une croissance contrôlée plutôt que maximale, dans le but d'obtenir un gazon solide, durable et facile à entretenir.

L'azote sous forme de nitrate (NO₃⁻) est la forme d'azote la plus immédiatement disponible pour le gazon. Comme il est facilement absorbé par l'eau du sol, il produit rapidement un effet visible sur la couleur et la croissance. Cela rend le nitrate particulièrement intéressant pour les travaux de remise en état, les projets de réensemencement et d'autres situations où une réaction rapide est souhaitée.
Cette forte disponibilité présente toutefois un inconvénient. Le nitrate ne se fixe pratiquement pas aux particules du sol et est donc susceptible d'être lessivé, notamment sur les sols sableux, les terrains de sport arrosés de manière intensive et pendant les périodes humides. De plus, le nitrate stimule principalement l’allongement cellulaire. La plante absorbe alors davantage d’eau pour maintenir l’équilibre de la concentration en sel, ce qui entraîne la formation de cellules plus longues et plus souples. Il en résulte souvent un gazon d’un vert profond, certes esthétique, mais moins robuste, moins résistant et nécessitant davantage d’entretien. C’est pourquoi le nitrate est principalement utilisé comme source d’azote corrective ou complémentaire.
L'azote ammoniacal (NH₄⁺-N) est efficacement absorbé par de nombreuses espèces de graminées et directement transformé en acides aminés, les éléments constitutifs des protéines. L'ammonium étant chargé positivement, il se lie aux particules d'argile et d'humus. Il reste ainsi disponible plus longtemps dans la zone racinaire, ce qui réduit le risque de lessivage.
Une stratégie de fertilisation comportant une plus grande proportion d'ammonium entraîne souvent un développement racinaire plus important, un meilleur tallage, une croissance plus compacte du gazon, une meilleure résistance à la sécheresse et au stress, ainsi qu'une utilisation plus efficace des nutriments. De plus, l’ammonium favorise la disponibilité, entre autres, du phosphate, du fer et des oligo-éléments. Sur les terrains de sport, les parcours de golf et les pelouses de haute qualité, cette approche peut également contribuer à réduire la compétitivité du pâturin annuel (Poa annua), tandis que les espèces de graminées souhaitées en tirent davantage profit.

Avec environ 46% d’azote, l’urée fait partie des engrais azotés les plus utilisés au monde. Cependant, avant que l'azote ne soit assimilable par la plante, l'urée doit d'abord être transformée en ammonium, puis partiellement en nitrate. Cette transformation dépend de la température du sol, de l'humidité et de l'activité microbienne.
Lorsque l'urée reste à la surface du sol pendant une période prolongée, par exemple en cas de temps sec ou d'irrigation insuffisante, une volatilisation de l'ammoniac peut se produire. Une partie de l'azote est alors perdue. L'urée est donc particulièrement efficace lorsque l'humidité du sol est suffisante ou lorsqu'un arrosage est effectué immédiatement après l'épandage. Les inhibiteurs de décomposition de l'urée peuvent également améliorer son utilisation.

De plus en plus de gestionnaires d'espaces verts optent pour des sources d'azote à libération lente, telles que le méthylèneurée (MU), l'IBDU et d'autres composés à libération contrôlée. Celles-ci libèrent l'azote progressivement, en fonction de la croissance du gazon et de l'activité de la faune et de la flore du sol. Cela permet d'éviter les pics de croissance et d'assurer un développement plus stable du gazon.
Les avantages sont les suivants : moins de fluctuations de croissance, moins de lessivage et d'évaporation, un enracinement plus profond, une qualité de jeu plus constante et une charge d'entretien réduite. Bien que ces produits soient souvent plus chers à l'achat, ils peuvent permettre de réduire les coûts d'entretien et de remise en état.
Les sources d'azote organiques telles que la luzerne, le soja, la farine de sang et la farine de corne gagnent également en importance. Elles nourrissent non seulement l'herbe, mais aussi la vie du sol. Cela favorise la formation de matière organique, améliore la structure du sol et contribue à un meilleur régime hydrique, à une meilleure disponibilité des nutriments, à la décomposition des couches de feutre et à une plus grande résilience du gazon.

L'efficacité de la fertilisation azotée ne dépend pas uniquement de l'engrais choisi. Un sol sain constitue la base d'une absorption efficace des nutriments. Le compactage, le manque d’oxygène, un mauvais drainage et une activité microbienne limitée réduisent la capacité d’absorption du gazon et augmentent le risque de pertes d’azote. Une aération régulière, une attention particulière portée à la matière organique et une bonne gestion de l’eau restent donc essentielles.
La température du sol joue également un rôle important. En dessous de 6 °C, l'absorption d'azote est très limitée. À partir de 7 à 8 °C, l'activité racinaire s'intensifie et, entre 9 et 12 °C, l'absorption est optimale.
Comme le pâturin annuel (Poa annua) réagit généralement plus rapidement à l'azote que le ray-grass anglais ou le ray-grass rouge, de nombreux parcours de golf choisissent de limiter la fertilisation au début du printemps. On a souvent recours en premier lieu à des apports en fer, à des biostimulants ou à des mesures d'amélioration du sol.
Une gestion efficace du gazon repose en fin de compte sur l’apport de la bonne forme d’azote au bon moment, en fonction des conditions du sol et des objectifs de gestion. Le résultat n’est pas un gazon à la croissance la plus rapide, mais un gazon qui reste solide, sain, durable et adapté aux défis de l’avenir.